Aujourd'hui, en France, les TMS des membres supérieurs sont les plus fréquents. Chez les manutentionnaires pour lesquels les activités nécessitent des postures extrêmes, des efforts intenses ou des tâches répétitives, les atteintes de l'épaule deviennent un réel problème de santé publique puisqu'ils représentent près d'un cas sur trois.

Il s'avère que le lien entre le sexe de l'opérateur et les conséquences pathologiques de l’épaule en manutention est à prendre en compte. En effet, comprendre la biomécanique de l’épaule lors de l’accomplissement de certaines activités manuelles, pourrait mener à des recommandations en santé et sécurité du travail et ont d'ailleurs déjà amené le législateur, dans le Code du travail, à intégré cette évaluation distincte dans les DUER (Document Unique d'Évaluation des Risques) depuis Août 2014 (Loi Rebsamen) avec l'impact différencié du travailleur homme ou femme sur certains risques, dont la manutention manuelle.

Les statistiques le prouvent : les femmes ont plus de risque de se blesser à l’épaule. Si l'on observe des manutentionnaires en entreprise, que l'on analyse et compare les données issues de nos outils de captation, les techniques de manutention au niveau de l’épaule entre les hommes et les femmes sont différentes. Nouvelle confirmation, que les formations GP TMS sont plus qu'une obligation (Art. R4541-8 du Code du travail) mais bien une nécessité.

Si l'on mesure l’activation des muscles supra-épineux, infra-épineux et sous-scapulaires, avec des électrodes intramusculaires et des caméras sur les participants lors de différentes manutentions on peut constater que les mesures des forces appliquées par les mains des manutentionnaires varient. Sur des gestes simples avec déplacement d'une charge à poser sur un établi à hauteur du bassin, puis au-dessus de leurs épaules (avec ou sans rotation additionnelle), on peut constater des différences substancielles.

En effet, plusieurs études mentionnent que les différences entre les hommes et les femmes dans l’apparition d’un TMS sont principalement associées aux spécificités anthropométriques, à la composition histologique musculaire et aux différences de force. D'où l'intégration dans le code du travail, du sexe de l'opérateur dans le calcul des cotations de risque issue de l'EvRP (DUER).

Les hommes et les femmes ont tendance à déplacer la charge différemment. En effet, les femmes utilisent plus leurs épaules, alors que les hommes utilisent leur tronc et leurs coudes. Or, on sait que si on veut minimiser le frottement et la compression des muscles de la coiffe des rotateurs entre deux parties osseuses, il faut coordonner l’omoplate, le bras et l’ensemble du corps.

La contribution de l’articulation glénohumérale dans l’épaule est 14 % plus élevée chez les femmes. Lorsque la charge représente une plus grande proportion, les femmes utilisent davantage le poignet et le coude. Côté indicateurs électromyographiques, on peut se rendre compte que les femmes ont une activité musculaire plus élevée que les hommes.

C’est corrélé avec l’indicateur cinématique puisque les connaissances sur l’analyse du mouvement des membres supérieurs met en évidence que les techniques de manutention en hauteur diffèrent entre les hommes et les femmes.

Dans le même sens, les indicateurs musculosquelettiques qui calculent et estiment les efforts internes agissant au sein des structures articulaires, démontrent que les femmes ont encore des contraintes internes plus élevées que les hommes, surtout pendant la phase de dépôt de la charge sur l'établi.

En conclusion, plus qu'une disposition règlementaire, le fait de différencier l'homme et la femme dans l'analyse et l'observation de son activité réelle de travail, notamment en vue de coter certains risques professionnels, est de nouveau démontré par la littérature actuelle.

Il apparaît donc indispensable d'analyser les postes de travail avec ces nouvelles technologies (voir même dés la conception) afin d'évaluer les éventuels écarts qui pourraient développer des TMS (France SST propose une formation courte de 3 jours pour devenir Auditeur Ergonomie) et de former les personnels afin qu'ils adoptent les bons gestes et les bonnes postures pour accomplir en sécurité les manutentions manuelles (France SST forme également des Formateurs GP TMS et des Formateurs PRAP).

Poitiers, le 6 mars 2021
CM France SST

 

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