La cour d’appel de Paris a rendu mardi 2 juin un arrêt très clair sur la question : le bore out est bien une forme de harcèlement moral, il mérite pour cela d’être condamné. En effet, les juges font pour la première fois en France, référence au bore out, le syndrome de l'ennui au travail. Un arrêt condamne ainsi un employeur pour ne pas avoir donné suffisamment de travail à un salarié.

C’est une étape supplémentaire, et très importante, qui vient d’être franchie dans la reconnaissance de ce mal dont on parle depuis quelques années : à l’opposé du burn out, le bore out, mal dont souffrent les salariés à qui on ne demande plus rien, pas assez pour les occuper en tout cas, ou à qui on confie des tâches subalternes, sans rapport avec leurs qualifications. La bonne vieille "mise au placard".

L’affaire sur laquelle la cour d'appel s'est prononcée a débuté il y a 6 ans. Mr Desnard était responsable des services généraux chez InterParfums. Il est licencié pour avoir été trop longtemps en arrêt maladie. Seulement voilà, ce salarié explique que s’il a été malade, et en particulier s’il a fait une crise d’épilepsie au volant de sa voiture, c’est parce qu’il était victime d’une forme de harcèlement moral bien particulière. Son employeur ne lui donnait plus aucune tâche à effectuer !

"Le manque d'activité et l'ennui" reconnu par la cour

Il devait théoriquement coordonner les événements du groupe mais il s’est retrouvé à configurer la tablette de son boss et à s’occuper, chez lui, de la centrale vapeur de son employeur. Il demande du travail, n’en obtient pas et il s’enfonce dans la dépression. Malade, puis viré, il saisit les prud’hommes, qui lui donneront raison. Son employeur fait appel et perd à nouveau le procès.

La cour d'appel reconnait "le manque d’activité et l’ennui de M. Desnard", ce qui a bien conduit à la dégradation de son état de santé. Un témoignage, retenu par les juges, est particulièrement frappant.  "M. Desnard en avait marre de ne rien faire… Il ne servait que de bouche-trou et cette situation le rendait très dépressif à tel point qu’il parlait de plus en plus de se suicider".  Un autre salarié écrit :  "Il a sombré petit à petit, au fur et à mesure, qu’il s’est vu placardisé".

C’est une reconnaissance officielle du bore out. Pour la première fois, la justice française retient ce mot. Elle dit que les conséquences de cet ennui et de cette mise à l’écart constituent du harcèlement moral. InterParfums a été condamnée à verser plus de 50.000 euros, à son ancien salarié, pour lequel ce jugement va "créer une avenue pour toutes les personnes qui ne parviennent pas à mettre un nom sur leur situation". Pour lui, cette "humiliation au quotidien" a enfin un nom, le bore out. Mr Desnard est aujourd’hui reconnu officiellement comme invalide. Il est au chômage depuis 6 ans et recherche encore un emploi.

Service Prévention des RPS - France SST
> Mercredi 8 juillet 2020

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